C'était toi et moi remontant l'avenue de Breteuil en chantant à tue-tête. Ami prend ma lanterne, car j'ai perdu ma flamme, mon amour est partie, elle a jeté mon âme à bouffer au néant me laissant le coeur vide... C'est de circonstances.
C'était toi et moi prenant des photos débiles dans ma chambre. En riant jusqu'à avoir mal au ventre, et pleurer des larmes de joie. Tu penses que les gens moches savent qu'ils sont moches?
C'était toi et moi en camp Mej. Moi avec mon unique pull, toi avec ton bouton de moustique chelou. Nous deux dans le canoë. Chantant Saez. Qu'est-ce qu'on avait eu honte. Quand on a tout pour être heureux, est-ce qu'on a quand même le droit d'être malheureux?
C'était toi et moi, dans les moments où ça ne va pas. Assises sur un banc, au téléphone, et puis avec ta lettre sublime. Il y aurait beaucoup à dire, mais ça ne regarde que nous deux.
C'était toi et moi et nos questions existentielles. Tellement nombreuses. Tellement débiles?
C'était toi avec ton appareil photo, tes citations, ton carnet avec certaines pages à bannir. C'était moi avec mon Ipod, mon faux sourire et mes cheveux toujours propres.
C'était toi et moi avec notre paquet de cigarettes. YES, j'ai réussi à faire le dragon.
C'était nous deux à Duruy.
C'était Brel, Barbara, Déjeuner en paix, Coeur de Pirate, Carla Bruni, Saez, Le café des délices et toutes les autres.
C'était Schmitt et Carrère.
C'était le Marais encore et toujours.
C'était Nina.
C'était les heures de prépa Sciences-po. C'est drôle, on est de nouveau dans la même classe.
C'était ton anniversaire, fêté toujours de la même façon.
C'était tout cela, mais tellement plus encore.
Et puis ça l'est encore en fait.
Si tu aimes les soirs de pluie Mon enfant, mon enfant Les pas des passants Eternelle litanie Des feuilles mortes dans le vent Qui poussent un dernier cri Crie mon enfant Si tu veux tes amis Près de toi tout le temps Si tu pries quand la nuit tombe Mon enfant, mon enfant Si tu ne fleuris pas les tombes Mais chéris les absents Si tu as peur de la bombe Et du ciel trop grand Si tu parles à ton ombre De temps en temps Si tu aimes la marée basse Mon enfant, mon enfant Le soleil sur la terrasse Et la lune sous le vent Si l'on perd souvent ta trace Dès qu' arrive le printemps Si la vie te dépasse Passe mon enfant Ca n'est pas ta faute C'est ta chair, ton sang Il va falloir faire avec Ou plutôt sans Si tu oublies les prénoms Les adresses et les âges Mais presque jamais le son D'une voix, un visage Si tu aimes ce qui est bon Si tu vois des mirages Si tu préfères Paris Quand vient l'orage Si tu aimes les goûts amers Et les hivers tout blancs Si tu aimes les derniers verres Et les mystères troublants Si tu as peur du vide Vide mon enfant Ca n'est pas ta faute C'est ta chair, ton sang Il va falloir faire avec Ou plutôt sans Si tu aimes partir avant Mon enfant, mon enfant Avant que l'autre s'éveille Avant qu'il te laisse en plan Si tu as peur du sommeil Et que passe le temps Si tu aimes l'automne vermeil Merveille rouge sang Si tu as peur de la foule Mais supporte les gens Si tes idéaux s'écroulent Le soir de tes 20 ans Et si tout se déroule Jamais comme dans tes plans Si tu n'es qu'une pierre qui roule Roule mon enfant Ca n'est pas ta faute C'est Ton héritage Ca n'est pas ta faute C'est ta chair, ton sang Il va falloir faire avec Ou plutôt sans Mon enfant...Mon enfant...
Benjamin Biolay, Ton héritage


